« Un coup de pouce aux jeunes de la diversité pour devenir journaliste »
      

Tout est parti d'un constat. Il y a pas très peu de jeunes issus des banlieues dans les médias. Et si peu de la diversité ethno-culturelle à la télévision ! Comment les médias pourraient-ils rendre compte complètement de l'actualité s'ils n'ont pas cette sensibilité dans leur rédaction ? Et cette jeunesse des quartiers difficiles  ne s'intègrera dans la société que si elle se retrouve dans les grands médias et surtout à la télévision. Que si elle se reconnaît dans les journaux, les radios et les télévisions.
Il n'y a pas trente-six manières d'y arriver : il faut davantage de journalistes issus des banlieues et de la diversité ethno – culturelle. Or ils sont quasiment absents des écoles et instituts de journalisme. Très peu tentent les concours des écoles. Y compris des IUT. Sur un millier de dossiers reçus à Tours, aucun ne venait de jeunes issus des banlieues. Comme si, dans leurs têtes, ce métier ne leur était pas accessible et n'était pas fait pour eux.
Or c'est tout le contraire ! Le journalisme est ouvert à tous et a besoin de cette diversité. On ne va pas tout de même pas créer une discrimination positive pour rattraper ce retard. Non, il faut d'abord dire à ces jeunes qu'ils peuvent devenir journalistes, ensuite les inciter à se présenter aux concours des écoles de journalisme, enfin les y préparer.

Nous lançons à Tours une expérience. Avec l'aide du Conseil régional et de l'Etat, via les fonds de l'Acsè (Cohésion sociale et politique de la ville).
Une formation indépendante, organisée par des journalistes professionnels, à l'initiative de Dominique Gerbaud ancien rédacteur en chef du quotidien La Croix, ancien rédacteur en chef adjoint de La Nouvelle République du Centre-Ouest et actuel président de Reporters sans Frontières. Cette formation ne donnera pas un droit d'accès à l'IUT de journalisme de Tours – toujours pas de discrimination positive – mais le droit de passer les épreuves écrites au concours, alors que sur un millier de dossiers reçus, 120 candidats seulement sont retenus pour passer les épreuves écrites et orales, pour 25 places disponibles.

En liaison avec les proviseurs, une vingtaine de lycéens de plusieurs établissements ont été retenus à la fin de la classe de première. Ils ont été abonnés à un quotidien national et ont reçu un ordinateur portable. Ils sont cette année en Terminale et chaque semaine ils reçoivent, via Internet, un questionnaire d'actualité et se retrouvent un après-midi par mois dans les locaux du Conseil régional pour y suivre une préparation. Avec cours de culture générale, exercices de synthèse, débats sur l'actualité et surtout rencontre avec de grands journalistes professionnels. Harry Roselmack (TF1, RTL), Estelle Youssouffa (ancienne présentatrice du journal de LCI et actuellement à Al Jazeera),  Alain Mingam (reporter photographe de guerre) leur ont présenté leur futur métier. L'opération a pour nom : « lycéens aujourd'hui, journalistes demain » .
Après une année expérimentale où les élèves ont été sélectionnés sur la base de la diversité sociale (ils sont essentiellement boursiers) l'idée est de rechercher des jeunes de la diversité ethno-culturelle et (ou) issus des quartiers dits sensibles.

Elle va s'étendre à d'autres lycées de la région pour qu'il y ait davantage de jeunes de la diversité ethno-culturelle dans les médias.