Alain Mingam
Entretien
     

Ce fut l’une des rencontres les plus émouvantes. Non seulement parce qu’Alain Mingam est venu avec des photos prises dans des circonstances dramatiques, notamment celles de son ami le reporter américain James Nachtwey, mais aussi parce qu’il a bien expliqué comment travaille un reporter, comment il vend ses photos. Il n’a pas caché toutes les questions que se pose un photographe. "Il n'y a pas de limite dans la prise d’une photo. Il y en a dans la publication. Même dans les situations les plus délicates, les plus insupportables, par exemple lorsque vous êtes au milieu d’une famille qui pleure, crie, devant un mort de leur famille, vous pouvez, vous devez photographiez. Si les gens vous ont laissé venir avec votre appareil photo jusqu’au cercueil, c’est qu’ils sont d’accord pour que vous les photographiez. C’est après, en voyant ce que cela donne que vous pouvez vous interroger. Mais pour moi, tant que la dignité des personnes est respectée, on peut publier. La dignité de la personne, c’est le critère numéro un".

Il a raconté les états d’âme, les peurs, que pouvait avoir un journaliste, reporter-photographe au cœur d’une guerre.  " On doit être capable de dominer ses émotions, rester dans l'humilité. Quand on se convint de l'utilité du métier, la peur régresse. "
Il a incité les jeunes lycéens à aller au bout de leurs. « Bien sûr qu’il est difficile de vivre de ses photos, mais quand on a la passion de la photo, du terrain, et qu’on aime les gens, on peut réussir dans ce métier. Allez au bout de vos passions ! »

Y a t’il des limites, ou vous imposez vous des limites ?

Il ne s’est jamais donné des limites dans la prise de vue, mais souvent au montage plutôt. La seule limite, pour lui, est envers la personne photographiée.

N’est ce pas dangereux le métier de photographe sur le terrain ?

Les journalistes ont une sorte d’aura qui fait que même les personnes les plus dangereuse ont du respect pour eux, car ils savent que c’est d’eux que va venir leur images auprès du public. Les journalistes ont le devoir d’aller et d’être face au danger, pour le public.

Sur le terrain, est ce que la peur à fait partis de votre quotidien ?

Oui, il m’est arrivé de me demander, à cause de la peur, qu’est ce que je fais ici. Si on décide d’aller là, où ailleurs, il y a des jours ou on ne le sent pas, et il faut alors s’écouter, mais d’autres fois non. Il faut comprendre l’utilité de son métier pour avoir vraiment conscience du danger.

Il n’y a pas un moment ou on se dit pose des questions personnelle qui font que l’on se pose des questions sur notre situation ?

J’ai toujours détesté les moment ou le hasard fait les choses, Les décision viennent de Paris, ce ne sont pas nous qui les prenons.

Est ce que la photos est pour vous le meilleur moyens de passer des émotions ?

Je reste en admiration devant la photos, mais partout, en écoutant la radio, en regardant la télé, ou en lisant un article, j’ai l’impression de voir des images, entre les lignes. La photos est prédominantes, mais je considère que les écritures sont aujourd’hui a égalité avec la photographie. L’image est une force et elle est là, aujourd’hui elle devient la nouvelle arme essentielle qu’est la guerre de la communication.

L’opinion publique est elle une barrière ?

A partir du moment ou l’on remonte un processus économique, un groupe de presse appartenant a t’elle ou telle finance, cela fait que celle ci veulent que tel branche politique soit au pouvoir, qui font que l’opinion soit manipulé ou manipulable.

Une fois revenu sur Paris, arrivez- vous à faire la part des choses ?

Ennuie domestique, les enfants, la réalité prend le pas et nous ramène à la réalité du jour, il y a aussi la satisfaction de voir ces photos ou son reportages publié, tout cela fait que l’on arrive à revenir à la réalité. Tant que le résultat n’est pas offert au public, il y a un sentiment de frustration.

    

Une photo prise par Alain Mingam

Extraits du livre. « Les 100 photos du siècle » de Marie-Monique Robin, Eidtions du Chêne.

Le livre publie la photo pour laquelle Alain Mingam a reçu le prix du World Press.

      
     

«  Pour moi qui n’avais pas fait la guerre du Vietnam, le combat des Moudjahidin contre la première armée du monde, c’était David contre Goliath : ces barbus en turban me fascinaient. »

C’était en juillet 1980, six mois après  l’invasion soviétique. Alain Mingam débarque en Afghanistan en se faisant passer pour le représentant d’une agence de voyages. Son objectif à lui est de témoigner de la résistance qui s’organise aux quatre coins du pays. Dans la boutique d’un marchand de tapis, le Jihad islamique propose au photographe de rejoindre le village de Farzac, à 30 kilomètres de Kaboul ; «  je n’oublierai jamais mon arrivée dans cette vallée du bout du monde. La montagne était tapissée  d’hommes enturbannés qui surgirent des bosquets telle une armée des ombres. Ils n’avaient qu’une arme de gros calibre : une doutchaka, prise sur l’ennemi. »

Lors d’une conservation avec le commandant, Alain Mingam apprend que les résistants sont sur le point d’exécuter un «  traître », condamné par un tribunal islamique pour avoir dénoncé neuf Moudjahidin passés par les armes.. «  On nous l’a présenté. Il est arrivé les mains attachées dans le dos et entouré de combattants furieux et menaçants. Je devais faire la photo. C’était un témoignage puissant sur le début d’une guerre civile qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Vers cet homme convergence toute la haine du peuple afghan contre les communistes au pouvoir. »

Fallait-il photographier l’exécution ? Alain Mingam s’explique : « Bien sûr, c’est mon métier de témoigner. Avec ou sans cette photo, l’homme aurait de toute façon été exécuté. Ils l’ont emmené près de la rivière. Il s’est tourné vers La Mecque et s’est mis à prier, ce qui a provoqué l’hilarité du peloton. La rafale a raisonné dans la montagne. Ils ont commencé à s’acharner sur son cadavre avec un sabre. C’est là que le commandant est intervenu en disant : «  Stop, ça suffit », sans doute parce que je photographiais. »
La série de photo sera couronnée par un prix du World Press.

Toujours dans le livre « Les 100 photos du siècle »  de Marie-Monique Robin, (Editions du Chêne) Mehrabodin Masstan, ancien proche du commandant Massoud. «  Pour tout le monde, c’était une guerre perdue d’avance et l’Afghanistan était définitivement tombé dans la zone d’influence soviétique. Pour contrecarrer la propagande communiste qui montrait des scènes de fraternisation entre Russes et Afghans, le rôle de la presse occidentale a été déterminant. Sur cette photo, il est clair que les Moudjahidin posent pour le photographe. Le message s’adresse à l’intérieur : pas de pitié pour les délateurs, et à l’extérieur : nous sommes contre les communistes. Quand, en 1984, l’Occident a compris la réalité de la résistance afghane, l’aide militaire est arrivée massivement. »