Dominique Gerbaud
Entretien
     

Quelles sont les qualités pour devenir journaliste ?

1/ Curiosité
Etre curieux, c'est être ouvert, c'est avoir de l'intérêt pour tout ce qui se passe autour de soi, mais aussi loin de soi. Etre en éveil en permanence. C'est s'intéresser à la vie du lycée, à la vie de son village. C'est s'intérersser à tout. Le journaliste se sent concerné aussi bien par la vie culturelle que par le sort de l'équipe de France de football. Bien sûr pas avec la même passion et pas avec la même précision, mais vous ne devez pas ignorer, délaisser des pans entiers de l'actualité. Regardez-y même de loin.
Etre curieux, c'est avoir l'esprit ouvert sur ce qui passe et sur les idées qui circulent. Le journaliste ne peut pas avoir des oeillères, il doit être attentif à toutes les formes de pensée et d'opinion. Il a le droit d'en condamner à titre personnel – et il le doit - mais pas de les ignorer sous prétexte qu'elles ne lui plaisent pas.

2/ Un esprit d'ouverture aux autres.
Pour être journaliste il faut tout simplement aimer les gens à qui on va s'adresser et aimer le monde dans lequel on vit. Il faut avoir le sens du contact et si vous ne l'avez pas spontanément, si vous êtes un peu timide, il va falloir que vous vous y mettiez. Et vous verrez vite que lorsque vous vous présenterez devant quelqu'un en disant, je suis journaliste et je voudrais vous interroger, les gens ne vous mangeront pas, bien au contraire. On est souvent bien accueilli. Mais pour cela, il faut aimer les gens. Etre journaliste, c'est aimé le monde et les gens qui le font. On ne parle pas bien des gens si on ne les aime pas, si  on se croit supérieur. On ne parle bien de la société si on n'aime pas le monde dans lequel on vit. Un journaliste doit aimer son époque, avec ses qualités et ses défauts. Le journaliste est partie prenante du monde, il ne peut pas grognon, ronchon, ou râleur. Pour parler des gens, il faut les aimer, c'est-à-dire les respecter quels qu'ils soient, de gauche ou de droite, puissants ou misérables, jeunes ou vieux, malades ou bien portants. C'est cela avoir un esprit d'ouverture. Bien sûr vous aurez le droit d'en préférer certains, de vous intéresser davantage aux jeunes, aux sportifs, aux pauvres, mais vous devez respecter tout le monde.

3/ Une bonne culture générale.
Parce que vous êtes, ce qu'on appelle des historiens de l'instant, des observateurs du monde, vous devez connaître le monde. Et puisque vous allez raconter et expliquer ce que vous voyez, il faut bien évidemment que vous compreniez ce que vous voyez. Et pour le comprendre, il faut avoir une bonne culture générale. C'est-à-dire une connaissance, du monde, de son histoire, de géographie, de ses hommes. Vous en avez acquis une bonne partie au lycée, le reste vient par la lecture de livres et de journaux. Un journaliste lit sans arrêt, tout ce qui lui passe sous les yeux. La presse d'abord, les livres ensuite.
Le B-A BA du journalisme, la matière première de journaliste, c'est bien évidemment l'actualité. Toute l'actualité. Vous recevrez un quotidien, lisez – le. Bien sûr vous avez le droit de ne pas vous attarder, de lire en diagonale un article compliqué d'économie, mais au moins demandez vous, ou demandez autour de vous ce qu'il faut en retenir. Discutez-en ente vous, en famille, entre copains.

Lisez, lisez, lisez parce que c'est par la lecture que vous vous ferez une opinion personnelle du monde, que vous vous construirez votre propre personnalité, que vous aurez votre propre regard sur l'actualité. Car c'est aussi cela que les examinateurs essaieront de savoir : est-ce que vous avez un regard original, personnel, - donc argumenté - sur l'actualié.
Méfiez-vous des idées toutes faites, définitives. Vous avez le droit d’être politiquement, idéologiquement incorrect à la condition de bien argumenter. J'insiste encore, lisez, lisez parce que la formation aux concours des écoles de journalisme ne se fait pas ici, un mercredi par mois, mais chez vous, par vos lectures de journaux et de livres.
Toutes les écoles de journalisme mettent un questionnaire d'actualité, parfois pointu, et ce n'est pas en lisant la presse au cours des trois derniers mois que vous réussirez, mais en suivant l'actualité tout au long de l’année, en retenant les noms de ceux qui font l'actualité.

4/ Une bonne pratique de la langue française.

C'est la lecture qui vous aidera à améliorer votre français. Même si le style journalistique est une écriture simple, un journaliste doit écrire en bon français. Ecrivez beaucoup, pour vous, pour votre plaisir. Et relisez-vous. J’insiste là-desus. Si vous vous relisez attentivement, vous verrez vous-même des fautes. Interrogez-vous devant chaque mot si vous avez des difficultés en orthographe. Corrigez vos fautes à l'aide du correcteur orthographique de votre ordinateur. J'espère que vous faites tous cela. Attention, une très mauvaise orthographe est éliminatoire dans la plupart des écoles de journalisme.